Traduction du rapport du F/O Georges H. GLOUDEMAN / T-174 -Co-pilote du B-17 F / No 42-29847 « HIGH BALL » 

351 BG / 511 BS.Abattu à AMBON le 28 juin 1943. Source : E & E reports No57 & 58 - 16 Août 1943. 

 
 

    Nous avons quitté Polebrook à14H30, le 28 juin 1943 pour aller bombarder Saint-Nazaire. Nous avons atteint la France vers 16H30, ne rencontrant aucune opposition de l’ennemi. Les chasseurs P-47 volèrent 25 à 30 minutes avec nous en France et 5 minutes après qu’ils eussent fait demi tour, j’entendis à la radio que nous étions attaqués par des Focke-Wulf arrivant de nos 4 et de nos 8 heures. Les attaques arrivaient simultanément par le bas et par le haut. Notre mitrailleur de la tourelle ventrale et celui de la tourelle supérieure firent feu. Le seul appareil ennemi que j’aperçus, était loin devant nous ,et nous n’avons pas été attaqués directement de face. Je pouvais voir des tirs depuis la tourelle ventrale, la tourelle de queue et en provenance du coté droit de l’avion No 6 qui appartenait à notre formation et qui volait au dessus de nous. 

 
 

     Cinq minutes après le début de l’attaque notre mitrailleur de la tourelle ventrale hurla à la radio que nous étions touchés. Pendant quelques minutes le mitrailleur ventral monopolisa la conversation à la radio, attirant notre attention sur le moteur No 3 qui avait pris feu. Le pilote et moi même, avions vu le feu dans le No 3 avant que l’on ne nous interpelle. La pression d’huile chuta avant que nous ne puissions mettre l’hélice en drapeau. Les canalisations d’huile étaient surchauffées et le feu ne pu être éteint. La tourelle ventrale était couverte d’huile. Nous avions déjà eu des problèmes avec le compresseur du No 2 avant d’arriver en France. Pendant tout le parcours en direction de notre cible nous avons été ennuyés par les remous provoqués par notre hélice et, finalement nous avons été écartés de notre formation. Petit à petit nous avons perdu de l’altitude et nous avons dérivé sur notre gauche. 

 
 

     Il y avait encore un groupe d’avions  derrière nous mais nous ne pouvions monter au dessus de 21000 pieds et ils étaient à 23000. Nous étions maintenant sous le feu d’une puissante attaque et quand il s’avéra que nous ne pouvions éteindre le feu, par conséquent le pilote donna l’ordre de sauter.  

 
 

    Environ une minute plus tard il me fit signe en me tapotant sur l’épaule de quitter l’appareil. Le mitrailleur de la tourelle dorsale tirait toujours, alors d’un coup sec je l’en extirpai et lui indiquais la sortie. Je remontai vers le nez de l’avion ou j’avais laissé mon parachute. Le bombardier et le navigateur étaient déjà sortis. 

 
 

         Je sautai immédiatement et pensai que seuls le pilote et le mitrailleur dorsal étaient encore à l’intérieur. Je retardai l’ouverture de mon parachute jusqu’à 2000 pieds et atterris dans un champ situé approximativement à 30 miles, nord-ouest de Saint-Nazaire. 

 
 

     Après avoir ramassé mon parachute, je le cachai avec ma Mae-West dans un buisson, quand deux jeunes français s’approchèrent de moi. Je compris qu’ils me demandaient si j’étais Américain et quand j’acquiesçais d’un signe de la tête, ils m’indiquèrent de les suivre.     Nous avions parcouru à peu près 20 mètres à travers le champ quand j’entendis une forte explosion à plusieurs miles d’ici et vis une colonne de fumée monter dans le ciel. 

    Je supposai qu’il s’agissait de notre avion qui venait de s’écraser. Nous avons marché le long des haies et avons fait une halte dans une maison ou je laissai mon équipement de vol et tous mes insignes.     Quittant la maison, nous avons marché environ un mile quand, soudain, les jeunes me demandèrent de me cacher. Ils disparurent. 

J ‘attendis une heure avant de jeter un coup d’oeil. Regardant autour de moi, je ne vis personne et je décidai de marcher le long d’une haie, loin de la route.  

    Il y avait des avions volant à basse altitude dans les environs qui cherchaient, peut-être les évadés. 

 
 

    Bientôt j’atteignis un champ dans lequel plusieurs français faisaient les foins. J’attirai l’attention d’un jeune français qui décida de me cacher lorsque je lui appris qui j’étais. Il me donna de vieux vêtements, un béret et me conduisit dans une grange où je passai la nuit. Il revint de bonne heure le lendemain matin avec de la nourriture et je le quittai après qu’il m’ait indiqué la direction à prendre. 

 
 

     Vers 11 heures environ, alors que je marchais sur la route, un homme qui m’avait vu se dirigea vers moi me dévisageant avec insistance. 

    Je me demandai si je devais m’arrêter ou non lorsqu’il me sourit ce qui me décida. Voyant qu’il ne me comprenait pas, nous avons quitté la route pour aller dans un bois où je dépliais ma carte d’évasion, alors il lui traversa l’esprit l’idée que j’étais un aviateur américain cherchant à rejoindre la gare la plus proche. Finalement je compris qu’il fallait que je le suive dans un château. Après être retournés sur nos pas sur plusieurs kilomètres et avoir traversé plusieurs champs, nous sommes arrivés dans une vaste demeure où je fus accueilli par une famille française. L’un des membres de la famille parvenait à comprendre l’anglais lorsqu’il était écrit. Je déclarai que je voulais aller à Tours. Après avoir étudié ma carte d’évasion, il me sembla que c’était effectivement l’endroit qu’il fallait rejoindre au préalable. 

 
 

    On me donna mille francs et on me proposa un plan pour prendre le train de Tours sans difficulté. Deux membres de la famille se rendirent en vélo dans un petit village tranquille pour m’acheter un ticket. J’allai jusqu’au village et les rencontrai à leur retour. Ils me donnèrent le ticket et des informations concernant les horaires de train et le trajet. 

    Le train n’allait pas directement à TOURS et je fus averti que j’aurais à passer la nuit à Nantes. Je pensai que j’arriverais bien à me débrouiller lorsque j’y serais. Je montai dans le train vers 18h30 le 29 juin et je suivis une jeune femme dans un compartiment où je m’assis près d’elle. Il y avait des soldats allemands dans le train mais très peu, et aucun dans notre compartiment.  

 
 

    Nous sommes passés à Redon puis à Nantes vers 21h00. Je suivis la jeune femme hors de la gare car je pensais qu’elle avait réalisé que je n’étais pas français et elle avait l’air sympathique. Nous avons descendu une rue dépassant plusieurs pâtés de maisons jusqu’à ce que je sentis que nous étions suffisamment seuls pour lui parler. Elle comprit très rapidement et me fit signe de la suivre. Nous avons pris un tramway pendant à peu près un kilomètre. Elle me conduisit à l’arrière d’une maison. Un français qui parlait anglais me fut envoyé et m’avisa de retourner à la gare afin de prendre le premier train en partance. Il semblait n’avoir aucune possibilité de m’aider. Je les quittai après quelques minutes pour regagner la gare. 

     L’homme qui parlait anglais m’avait informé qu’il y avait un train pour Angers. 

 
 

    Quand je fus à la gare, j’allai au guichet et demandai « Angers ». L’employé m’indiqua un train et je m’y dirigeai. J’avais un ticket de troisième classe et je ne trouvais que des premières. 

     

    Au bout d’une heure le train s’ébranla et je m’endormis. Juste avant Angers le contrôleur me réveilla pour vérifier mon ticket. Je le lui tendis. Il commença à me parler en français mais je devinai le problème et lui donnai un billet. Il me rendit la monnaie et me laissa seul. J’arrivai à Angers à 3h00 le 30 juin 1943. 

 
 

    A cette heure du matin il y avait peu de gens autour du guichet. Je pris mon ticket auprès de l’agent et fit signe que j’étais sourd et muet. Il inscrivit l’heure de départ pour Tours au dos de mon ticket. Comme l’heure approchait et que les trains arrivaient dans la gare je dus tapoter l’épaule de quelques personnes et demander  

« Tours ? ». Je pris le train sans difficultés et arrivai à Tours à midi le 30 Juin 1943. 

 
 

    Après, ne sachant que faire je me rendis dans la rue. Je marchai aux alentours pendant plusieurs heures et m’assis quelques instants dans un parc. Vers 17H00 je pensais que je devais trouver de l’aide ou quitter la ville car il y avait trop d’allemands dans les rues. Je rentrai dans un restaurant et montrant une pancarte sur le mur je commandai deux verres de vin. Je remarquai que l’une des deux personnes présentes dans le café me considérait avec suspicion. Je me levai et me dirigeai vers cette personne et lui dit que j’étais un aviateur Américain.  

    On me fit sortir en dehors de la pièce précipitamment et on me conduisit vers une maison. Trois heures plus tard je reçus la visite d’un homme qui me posa des questions pour m’identifier. J’utilisai ma chevalière et ma plaque d’identification pour prouver mon identité et après avoir été interrogé par un autre homme, je fus conduit dans une autre maison à la campagne. Plusieurs jours plus tard je rencontrai le Lt Normile qui m’accompagna par la suite. 

 

 

Traduction : Frank BERNARD – AIR MEMORIAL -Décembre 2004.